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Des méchants et des gentils

Vous ne me ferez pas dire qu’Avatar n’est pas un bon film.

Non, vous ne me le ferez pas dire…

Cependant… avouez qu’il y manque quelque chose. D’accord, il y a la faune et la flore, les images incroyables, l’idée des aller-retours entre l’homme et son avatar. Oui… mais il manque quelque chose.

Il manque un twist. Il en manque même plusieurs. En fait, ce qui me gène dans Avatar, c’est que les gentils sont foutrement gentils et les méchants drôlement méchants. L’ingénieur est cupide, le militaire est cruel, le peuple Na’vi est désespérément bon et bienveillant. Si au moins ils avaient une bonne raison, tous, de se comporter comme ils le font. Le militaire s’est fait griffer le visage par une bête, d’accord. L’ingénieur veut s’enrichir, ok. Et puis tout ça est très bien mené. On ne s’ennuie pas et il faut être bien mal luné pour bouder son plaisir. D’accord, d’accord…

Mais quand même. Et si le minerai des Na’vi était essentiel à la survie des familles humaines ? Et si l’on partageait la lente agonie d’innocents que l’on pourrait sauver avec tout ce bon minerai ? Et si les lois Na’vi (les plantes, les bébêtes et les petits oiseaux) les poussaient à refuser des solutions technologiques qui pourtant arrangeraient tout ? Je ne sais pas vous, mais moi je trouverai ça plus intéressant… Avouez-le : est-ce que ce n’est pas mieux quand une histoire pose des problèmes ? Quand un mois plus tard, on y pense encore ?

Eh bien, certains livres d’histoire, certains commentateurs, certains romanciers même, voient la Commune de Paris comme un affrontement d’humains et de Na’vi… Les méchants Versaillais contre les gentils Communards. Est-ce que c’est faux ? Pas vraiment, mais c’est évidemment trop simple.

Pire que trop simple, c’est inintéressant… Qui aurait envie qu’on lui raconte la Commune comme un Avatar sans les effets spéciaux ?

L’Intelligence, c’est la Pédagogie

J’ai acheté ce livre, je l’avoue, parce que sa couverture est belle. Et puis je l’ai ouvert, je l’ai feuilleté, et j’y ai trouvé des images. Mieux : des diagrammes !

« Tous Philosophes : les grandes idées tout simplement » est un livre fantastique que je conseille à tous les gens qui… à tout les gens ! Il consacre de une à six pages par philosophe et balaie ainsi l’histoire de la pensée de Thalès de Milet jusqu’à Slavoj Zizek. Chaque auteur est résumé par une citation, et un diagramme (avec des ballons et des flèches) détaille le raisonnement qui amène à cette idée. Une véritable démonstration ! Le texte principal entre un peu dans le détail. Des photos, des encadrés et des notices biographiques rendent le tout divertissant.

Bref, ça se lit comme un livre de chevet et ça rend bigrement intelligent ! On se prend dès la première page à refaire le raisonnement, on approuve, on désapprouve et on débat, en imagination, avec une bonne centaine de philosophes.

Quand j’étais petit, l’école m’a toujours appris que plus c’était compliqué, plus c’était savant. Les gens à grosse tête lisaient des livres sans images bourrés de mots incompréhensibles. Et d’examen en concours, on m’a appris à « maîtriser la complexité » (je n’invente rien, on m’a rabâché ce slogan…)

Il m’a fallu quarante ans pour me sortir de ces conneries. Parce que la vérité, c’est que plus un concept est intelligent, plus il est clair et simple. Les Japonais, qui ont une culture de l’image, l’ont bien compris : une photo, un diagramme font mille fois plus que n’importe quel vocabulaire hermétique.

Ce livre est trop superficiel ? Non. Forcément, il ne creuse pas chaque auteur puisqu’il cherche à les couvrir tous. Mais pour approfondir l’un d’eux, il suffirait d’ajouter d’autres diagrammes et d’autres images. Ne surtout pas les abolir !

En France, on appelle ce genre de livre de la vulgarisation. Que le terme est vilain. C’est pour dire le dédain des têtes soi-disant bien faites.

Pascal (je crois) disait : « une rivière peu profonde peut faire illusion tant que son eau est trouble ».

J’ajouterais : « on vole plus haut quand on est plus léger ! »

NB : je feuillette le livre jusqu’à la page des auteurs. Buckingham, Burnham, Hill, … Merde, ce ne sont pas des Français. Adieu mes illusions. Alors rien n’a progressé ?

Le Remords

« Tu dois apprendre à vivre sans payer pour tes fautes, c’est peut-être là que réside ton châtiment. »

Cette phrase est extraite des Jours étranges de Nostradamus (p.492). Il est un peu présomptueux de me citer moi-même… mais – au Diable ! – je n’ai pas trouvé mieux pour illustrer mon petit topo.

On peut dire que le thème central des Jours étranges de Nostradamus est le Remords. Le remords de qui, le remords de quoi ? Je ne vais pas vous raconter toute l’histoire… Le fait est que c’est un thème qui me travaille. On le retrouve dans les Démons de Paris : « La punition est le rêve secret de tous les truands ». Car ce qui m’intéresse surtout, c’est que le remords naît de l’absence de châtiment. La justice et l’expiation sont des moyens qu’a bâti la société pour se protéger du crime, oui, mais aussi pour libérer le criminel du poids de sa faute.

Un homme tue sa femme. Caïn tue Abel. Il l’aimait. Il regrette. La réalité de son crime pèse trop lourd. Pire, son acte le rend étranger à celui qu’il pense être. Il ne se reconnaît plus lui-même. Il se coupe en deux : le coupable et l’accusateur, et tourne dans sa tête son propre procès à l’infini.

La justice prend la place de l’un de ces deux rôles et dresse au criminel un procès en bonne et due forme. Ce faisant, elle casse le cercle vicieux et permet au coupable de retrouver la paix. Le juge aura évalué son crime, lui aura assigné un coût. Une fois ce coût payé, le crime n’existe plus.

Dans les Jours étranges de Nostradamus, la justice prend les traits d’une araignée. Philibert Sarrazin, le personnage principal, s’imagine comme un moucheron pris dans la toile impitoyable, attendant le moment d’être dévoré. Il note toutefois un certain soulagement de se trouver englué et de voir enfin arrêté son vol épuisant. Il comprendra pourtant que l’araignée n’existe pas, que la toile est vide de prédateur, et qu’il devra mourir en son temps, après une longue agonie passée aux côtés des cadavres d’autres moucherons, comme lui.

Aux côtés de ses propres cadavres. De tous les remords de sa vie.

En guise de bonne année

Le gars sur la photo, c’est Epicure. On connait tous son nom mais beaucoup se trompent au sujet de ses idées.

Au degré zéro, Epicure c’est le plaisir animal. Buvez, fumez, sautez sur toutes les femmes. Je caricature à peine : tapez Epicure sur google et vous tomberez sur des filles dans leur bain, des photos de chefs étoilés et des coffrets de cigares. C’est bien malheureux car ces clichés persistants empêchent le plus grand nombre de prendre au sérieux les idées du philosophe.

Sachez d’abord que les thèses d’Epicure naissent du problème de la vie après la mort. Ne gâchez pas votre vie, nous dit-il, à préparer votre mort en de vaines croyances ou de vaines prières. Un tiens vaut mieux que deux tu l’auras. Commencez donc par profiter de ce que vous avez : la réalité de votre vie présente.

Et voilà, le grand mot est lâché : réalité. Il n’est pas d’Epicure, c’est moi qui l’ai rajouté. Car c’est là le sujet qui m’intéresse.La Réalité. Et, tiens ! Faisons de ce mot notre bonne résolution de l’année 2012. Promettons de ne rien faire, de ne rien décider qui ne soit solidement ancré dans la réalité. Obligeons-nous à pouvoir, en toute circonstance, expliquer le pourquoi de nos actions et de nos décisions. En cette année d’élections, c’est important : refusons tout net les grandes idées, les utopies et l’abstraction. Refusons les « patrons », les « pauvres gens », les « fonctionnaires », les « étrangers » et tout ce genre de clichés, de baudruches fantasmées sur lesquelles on bâti des raisonnements déconnectés de la réalité.

Quelle rapport avec mon blog ?

La Commune de Paris, c’est le drame d’une guerre née d’une perte de la réalité, et c’est le sujet de mon nouveau roman : Le Crâne parfait de Lucien Bel.

Bonne année !

Le Crâne parfait de Lucien Bel

A peine signé, voici déjà la couverture !

Sans trop de commentaire, je vous la laisse apprécier.

Je ne peux quand même pas m’empêcher d’y mettre mon grain de sel. Parce que je l’aime bien, cette couverture. Elle raconte toute mon histoire.

Cet homme seul qui nous tourne le dos. C’est Lucien Bel. Il est en civil devant la barricade et les canons. Aucun soldat, où sont-ils ? Ils ont abandonné leurs armes, et même un pantalon qui sèche sur les fusils en faisceau. Les autres passants sont à moitié invisibles. Même Lucien Bel laisse passer à travers lui l’image des pavés parisiens.

Mon roman montre la guerre civile à Paris, en 1871 ; la place des parisiens dans le conflit ; la place des simples gens ; le moment où l’Histoire, la grande Histoire des manuels, fait basculer la vie des gens dans une mise en scène qui ne se soucie plus d’eux.

Mais bon, nous verrons l’intrigue plus tard. Pour l’instant, profitons de cette splendide couverture…

P.S. : tiens, en ce moment, j’écoute la messe solennelle à sainte Cécile, de Charles Gounod. Gounod a fuit Paris juste avant la Commune. Déjà le Siège des Prussiens a eu raison de son courage. Indépendamment de cela, sa messe n’est pas fameuse…