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C’est la rentrée !

Titre ô combien original pour un premier septembre… Mais bon, c’est mon lot à moi aussi. On rince les palmes et les masques, on achète les cahiers et les trousses pour les enfants, et on attaque la longue liste des mails du mois d’août.

Et Paf ! En deux-trois bonnes nouvelles me revoilà en selle !

D’abord, je me retrouve sélectionné pour deux prix du livre. Le premier est le prix européen des Utopiales, salon qui se tiendra à Nantes du 10 au 14 novembre : cliquez ici pour plus d’infos. Ensuite, il y aura le prix de la ville de Mennecy, du 16 au 19 décembre à Mennecy : cliquez ici pour plus d’infos.

Et puis, voilà qu’au courrier, je trouve le contrat pour mon deuxième roman. Essayez donc d’imaginer une année qui commence de meilleure façon ! Rien ne vaut une bonne nouvelle pour vous donner envie de travailler. Alors trois !

Ok. Pour un premier article, j’ai fait court. Mais j’ai tant de choses à faire… Allez, je relis le manuscrit de mon ‘Nostradamus’ et je reprends mon blog en mains.

Les palmes sont sèches, je vais les ranger à la cave.

J’ai ma petite théorie…

Flash-back. Nous sommes en 2007, je m’attaque à l’écriture des Démons de Paris. Comme je l’ai déjà raconté sur ce blog (voir ici), je commence par cerner le problème : j’ai l’ambition d’écrire une grande histoire, quelque chose de sophistiqué, avec des rebondissements, des questions et des réponses, des intrigues qui se croisent, des personnages qui évoluent, des coups de théâtre et des crescendos bien montés. C’est mon premier roman. Je me dis que je n’aurai sans doute pas deux fois la chance d’impressionner un lecteur (à commencer par ma femme), sans penser à un éventuel éditeur… Alors, j’écris sur une grande feuille de papier les points clés que je m’interdis de négliger.

D’abord, il y a les intrigues qui doivent être logiques, sans faille, sans erreur, sans inconsistance. Il y a les personnages, aussi. Je les rêve attachants, complexes, profonds. On doit les voir douter puis évoluer sur une ligne qui peut être mouvementée mais jamais brisée. Et puis, il y a le décor. L’Histoire, les rues de Paris, les costumes, les grandes dates. A quoi ça ressemble, l’arrivée de Nicolas II en train spécial en gare du Nord ?

L’intrigue, les personnages, le cadre. Et puis, au stylo rouge, le quatrième point-clé : le Style. La langue, les images, le rythme, le plus important pour que le livre tienne dans les mains du lecteur plus de vingt pages. La différence entre un récit et un roman. La grande inconnue, puisque je n’ai jamais rien écrit de sérieux. Combien pèsera-t-il, mon livre ? Je ne sais pas, 500 pages ? 500 pages ! Sans cliché, sans lourdeur, sans tunnel de dialogue, sans redite. Pire, 500 pages d’où se dégagerait un esprit. Disons-le : un style…

Pff. C’est que j’en avais du courage, en 2007 ! Alors, face au mamouth, je me suis fait ma petite théorie. Je me suis d’abord rappelé Descartes. Quand le problème est trop gros, on le coupe en morceaux, de la taille d’un cerveau, et on commence par s’attaquer au premier d’entre eux. Les informaticiens appellent ça les niveaux d’abstraction (parce que les informaticiens aiment les noms compliqués). On hiérarchise les problèmes à régler et on s’occupe de la première couche. Puis on monte d’une marche, on prend de l’altitude et on se surprend à manipuler des concepts dont la difficulté vue d’en bas aurait semblé insurmontable.

Et fier de ma petite théorie, j’ai commencé par le début. L’intrigue : les personnages s’appelaient A, B, X et Y. Ils étaient des patates reliées par des flèches. Untel sait ceci, il croise machin et s’inquiète de la disparition de bidule. C’est froid et sans âme, mais ça tient debout.

Puis vient le cadre. Les livres d’Histoire, les cartes de Paris, les photos d’époque. Ca part dans tous les sens. J’accumule les flashes, les visions d’une scène ou d’un décor particulier. Le Luna Park (bien sûr !), Rosa la tchèque, le spectacle de Buffalo Bill au pied de la tour Eiffel. Je fais des aller-retour avec l’étape précédente. Telle action pourrait se dérouler à tel endroit; il faut amener le Luna Park au plus tôt dans le récit; etc.

La documentation s’épaissit. Il reste les personnages. La troisième dimension. Je leur donne des noms et des visages. Une histoire, des liens, une réputation. Et pourquoi Eloïs fait ceci ? Et comment réagirait Lucille à cela ? Et qui sera présent au Luna Park ? Et que pensent-ils tous de Joseph ?

9 mois. Une gestation. Plus de 100 pages de synopsis. Tout est prévu. Je me rejoue l’histoire à l’infini. Je la vois au plafond quand je me couche le soir. Il est temps de changer de casquette. Car voilà le deuxième volet de ma petite théorie : l’écrivain a deux casquettes, il exerce à la fois deux métiers. D’abord, il est scénariste. C’est ce que je viens de décrire. Il invente un monde, des personnages et un story-board bien monté. Et puis, vient le moment d’ôter son bleu de travail et de revêtir ses habits du dimanche. Car il devient alors conteur, acteur et metteur en scène. Poète, s’il ose ! Le scénario à la main, il monte sur les planches et tente de rendre tout cela à la fois crédible, vivant et beau. 9 mois encore consacrés entièrement au choix des images et des mots.

Voilà. C’est ma petite théorie. J’y crois beaucoup. J’ai lu que Stephen King partait d’une page blanche et déroulait son récit sans savoir à l’avance ce qu’il raconterait à la page suivante. Je n’y crois pas. Ou alors, ça donne du Stephen King. Des jazzmen merveilleux sont capables d’improviser un miracle, me direz-vous. Peut-être, mais en vérité ils avaient eu toute une vie pour le préparer. Et puis ce n’est pas une histoire, c’est une émotion. Certains auteurs d’ailleurs écrivent cela. Juste des émotions, nature. Mais je ne joue pas dans cette cour-là…

Qu’en pensez-vous ? Moi, je ne veux rien imposer à personne. Ce n’est que ma petite théorie. Et si quelqu’un en a une autre, je serais ravi d’en discuter…

Le courage illusoire du castor

(on dirait un titre de Katherine Pancol…)

Dimanche dernier se tenait à la mairie du XVème (à Paris) le salon du livre sur Paris, comprenez « le salon des livres à propos de Paris » (je n’ai moi-même pas compris tout de suite de quoi il s’agissait). Encore un salon passionnant ou, entre deux dédicaces, je me suis ruiné à acheter des piles de bouquins.

Toujours est-il que l’attraction de l’après-midi me fut amenée par Bernard Strainchamps, libraire sympathique de son état, qui s’était mis en tête de m’interviewer. Vous pourrez visionner le résultat ci-dessous ou sur son site : www.bibliosurf.fr.

L’exercice fut amusant mais c’est surtout l’expérience de l’ami Bernard qui marqua ma journée. Voilà un gars modeste et entreprenant qui inspire le respect. Pourquoi ? Parce que face à la déferlante internet, il a préféré apprendre à nager dans le courant qu’à construire des barrages.

Je m’explique. Depuis le début de ma courte carrière d’écrivain, je n’ai pas pu éviter le grand sujet qu’est la survie des libraires dans un monde amazonien. J’ai discuté avec les uns et les autres au fil de mes déplacements, j’ai tenté de comprendre les problèmes, de compter les points. J’ai écouté les boniments des vendeurs de liseuses électroniques. J’ai croisé beaucoup de castors qui endiguent et de saumons qui nagent à l’envers. Et puis de temps en temps, un Bernard Strainchamps, de ceux qui ne raisonne ni « contre » ni « malgré » mais « avec ». La seule bonne attitude, vous ne pensez pas ?

Dans 20 ans au pire, sans doute avant, une liseuse comme le Kindle sera donnée gratuitement avec un abonnement à un journal ou un paquet de céréales. Le support physique ne vaudra rien. On pourra perdre l’appareil sur la plage, cela n’aura aucune importance. A ce moment-là, le lecteur assidu possèdera une bibliothèque de 10000 titres quelque part sur internet qu’il pourra consulter au beau milieu d’une promenade en forêt, devant un coucher de soleil sur un rocher breton. Honnêtement, que vaut l’attachement au papier, au bel objet, ou à je ne sais quelle odeur de l’encre face à ce plaisir que l’on nous promet ? Etre partout et toujours avec ses auteurs, sa culture, les livres de son enfance, la bibliothèque familiale. Pour quelques centaines de grammes, au fond de sa poche.

Mais il y en a qui contestent, qui revendiquent et qui protestent, comme dit Dutronc. Moi, c’est contre ma nature. Regarde vers l’avant de la route, dira Philibert à Louise dans mon prochain roman (…). Et que deviendront les libraires ? Il y a toujours plus de livres, chaque mois chaque année, et cela rend le problème du lecteur de plus en plus aigu : lequel choisir ? Quoi lire ensuite ? Le besoin de libraire, le besoin de conseil n’a pas disparu avec internet et il ne disparaîtra jamais. Il faut juste trouver quelle forme lui donner. Et je suis certain qu’un jour, je l’aurai aussi au fond de ma poche, mon libraire, sur mon rocher breton qui me conseillera : « et si tu relisais le vieil homme et la mer ? »

Comment en arrivera-t-on là ? Je n’ai malheureusement pas la solution du problème et je comprends comme la situation actuelle des libraires peut être difficile ou angoissante. J’en suis d’autant plus heureux de croiser parfois un Bernard Strainchamps et son bibliosurf qui, de toute évidence, nage dans le bon sens.

PS : voici la fameuse vidéo. J’y parle de mon bouquin (rien à voir avec la survie des libraires…). Pour info :

Trois rencontres et un pied de nez

Les Démons de Paris, début du chapitre XIX. Joseph se retourne une dernière fois avant de s’enfoncer dans le Bois de Boulogne. Au lieu des espions russes qu’il croit à ses trousses, il découvre les images paisibles de la vie à Neuilly. Un jeune garçon vend des lacets d’un panier pendu à son cou. Il est pauvre. Deux petites filles bourgeoises le croisent sans le voir. Cette scène est la retranscription quasi-exacte de la photo d’époque qui m’a inspiré.

Pour recréer la vie quotidienne du Paris du début du siècle, les documents écrits ne suffisent pas. L’existence de photos anciennes est l’une des raisons principales qui m’ont fait choisir cette période. Les idées viennent tellement plus facilement quand on les tire des détails d’une photographie.

Pour les Démons de Paris, j’ai choisi de faire reposer l’ambiance sur de petits personnages que Joseph rencontre au hasard des rues. Plus chaleureux qu’un simple décor, ils ramènent à chaque fois Joseph à la réalité, au bonheur sans fard des gens croisés. Il y a le joueur de limonaire, la cariole des enfants livreurs de lait tirée par un chien labrador, le vieux cheval boulonnais et son tombereau d’ordures. Et l’éleveur de chèvres (p.455) qui aide Joseph à affronter son angoisse du pont d’Arcole (photo).

Jusqu’au chasseur de rats d’égouts, comme un gardien des enfers, qui guidera Joseph dans les couloirs du métropolitain (p.456) vers le dénouement de toute cette histoire.

Le vendeur de lacets, l’éleveur de chèvres, le chasseur de rats : trois rencontres photographiques. Parce que l’imagination s’envole tellement plus haut à partir d’une image. Comme dans ces tests pour enfants où l’on demande d’écrire l’histoire à partir du dessin.

Mais alors, me direz-vous, et le pied de nez promis par le titre de l’article ? Le pied de nez : c’est le vendeur de patates. Le confident improvisé du chapitre V qui recueille les secrets de Joseph. Celui-là ne vient pas d’une vieille photo, ni même de Paris. En fait, je l’ai croisé un soir dans les rues de Tokyo. La même charette à bras, le vieux four à bois et la dernière patate, invendue, avant de rentrer chez soi. Tokyo 2007 face au Paris de 1910. Ma touche japonaise indispensable dans la galerie de portraits des Démons de Paris.

De la musique avant toutes choses

Je l’ai déjà écrit à propos de l’importance de la Barcarolle de Fauré dans les pages des Démons de Paris : la musique est ma plus belle muse.

Tenez. Hier, coup de blues et prise de tête. Je réfléchis à mon prochain roman, j’accumule les sources, je potasse les livres d’histoire. J’esquisse une intrigue mais le ton me gène. Un décalage s’installe entre la gravité du cadre que je me suis choisi (la Commune de Paris) et une certaine insouciance dans le récit. Alors, je rumine, je retourne sept fois l’affaire.

Et puis me vient l’évidence : je dois écrire un drame. Je comprends alors que j’avais déjà cette idée à l’arrière de mon crâne : tout ressort d’un coup. Je retrouve dans mes bouquins et mes dictionnaires le fil conducteur que je cherchais. Alors, je retourne à mon ordinateur et j’entreprends de revoir tous mes documents préparatoires à cette nouvelle lumière. Je commence. Il fait beau. Les fistons rentrent de l’école. Comment penser au drame quand tout va bien ?

Aux bons vieux problèmes, les bonnes vieilles solutions. Mieux qu’une drogue, plus rapide que cinq mois de dépression, je pars à la recherche d’une musique qui saura en quelques minutes me plonger dans l’état d’esprit qu’impose le drame qui m’attend. Il me faut quelque chose de profondément triste, du violoncelle. Lent, vide, nostalgique mais sans espoir. La Commune a tué Paris, les morts partout dans les rues, les femmes, les enfants, le gâchis irréparable. Quelle musique ?

Je pense aux grands classiques : l’adagio du 23ème concerto pour piano de mozart, ou l’adagio d’albinoni, tant qu’on y est… Oui, c’est vrai, c’est triste. Mais ces partitions sont tellement liées à des images de reportages télé ou de rubrique nécrologique que l’émotion n’est plus aussi vraie. Alors je cherche encore. Et je trouve ma perle. Où ? Pas dans la musique classique mais un peu plus loin. Un prof de français me confiait que le dernier bastion de la musique classique était à chercher dans les musiques de films. Il n’avait pas tort mais si on allait chercher encore plus loin ?

Et pourquoi pas du côté du jeu vidéo ? Et pourquoi pas. C’est ma culture, après tout. Et voilà que je pense à cet air de violoncelle que l’on entend au chargement des scénarios de Napoleon Total War. Ridicule ? Quand on sait d’où ça vient peut-être. Mais après avoir baigné dedans pendant plus de trente ans, on ne trouve plus le jeu vidéo ridicule. Ecoutez juste. Ce n’est peut-être pas de la grande musique (personnellement, je ne sais pas et je ne veux pas savoir), mais c’est exactement la musique qu’il me fallait pour travailler à mon nouveau projet.

Ne regardez pas l’illustration pour teenager, oubliez que vous savez d’où vient cette musique. Fermez les yeux, voyez les morts dans les rues de Paris. Ecoutez…