De la musique avant toutes choses
Je l’ai déjà écrit à propos de l’importance de la Barcarolle de Fauré dans les pages des Démons de Paris : la musique est ma plus belle muse.
Tenez. Hier, coup de blues et prise de tête. Je réfléchis à mon prochain roman, j’accumule les sources, je potasse les livres d’histoire. J’esquisse une intrigue mais le ton me gène. Un décalage s’installe entre la gravité du cadre que je me suis choisi (la Commune de Paris) et une certaine insouciance dans le récit. Alors, je rumine, je retourne sept fois l’affaire.
Et puis me vient l’évidence : je dois écrire un drame. Je comprends alors que j’avais déjà cette idée à l’arrière de mon crâne : tout ressort d’un coup. Je retrouve dans mes bouquins et mes dictionnaires le fil conducteur que je cherchais. Alors, je retourne à mon ordinateur et j’entreprends de revoir tous mes documents préparatoires à cette nouvelle lumière. Je commence. Il fait beau. Les fistons rentrent de l’école. Comment penser au drame quand tout va bien ?
Aux bons vieux problèmes, les bonnes vieilles solutions. Mieux qu’une drogue, plus rapide que cinq mois de dépression, je pars à la recherche d’une musique qui saura en quelques minutes me plonger dans l’état d’esprit qu’impose le drame qui m’attend. Il me faut quelque chose de profondément triste, du violoncelle. Lent, vide, nostalgique mais sans espoir. La Commune a tué Paris, les morts partout dans les rues, les femmes, les enfants, le gâchis irréparable. Quelle musique ?
Je pense aux grands classiques : l’adagio du 23ème concerto pour piano de mozart, ou l’adagio d’albinoni, tant qu’on y est… Oui, c’est vrai, c’est triste. Mais ces partitions sont tellement liées à des images de reportages télé ou de rubrique nécrologique que l’émotion n’est plus aussi vraie. Alors je cherche encore. Et je trouve ma perle. Où ? Pas dans la musique classique mais un peu plus loin. Un prof de français me confiait que le dernier bastion de la musique classique était à chercher dans les musiques de films. Il n’avait pas tort mais si on allait chercher encore plus loin ?
Et pourquoi pas du côté du jeu vidéo ? Et pourquoi pas. C’est ma culture, après tout. Et voilà que je pense à cet air de violoncelle que l’on entend au chargement des scénarios de Napoleon Total War. Ridicule ? Quand on sait d’où ça vient peut-être. Mais après avoir baigné dedans pendant plus de trente ans, on ne trouve plus le jeu vidéo ridicule. Ecoutez juste. Ce n’est peut-être pas de la grande musique (personnellement, je ne sais pas et je ne veux pas savoir), mais c’est exactement la musique qu’il me fallait pour travailler à mon nouveau projet.
Ne regardez pas l’illustration pour teenager, oubliez que vous savez d’où vient cette musique. Fermez les yeux, voyez les morts dans les rues de Paris. Ecoutez…
Posté le 15 juin 2010 dans la catégorie Ecriture, Inspiration, Musique.