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Trois rencontres et un pied de nez

Les Démons de Paris, début du chapitre XIX. Joseph se retourne une dernière fois avant de s’enfoncer dans le Bois de Boulogne. Au lieu des espions russes qu’il croit à ses trousses, il découvre les images paisibles de la vie à Neuilly. Un jeune garçon vend des lacets d’un panier pendu à son cou. Il est pauvre. Deux petites filles bourgeoises le croisent sans le voir. Cette scène est la retranscription quasi-exacte de la photo d’époque qui m’a inspiré.

Pour recréer la vie quotidienne du Paris du début du siècle, les documents écrits ne suffisent pas. L’existence de photos anciennes est l’une des raisons principales qui m’ont fait choisir cette période. Les idées viennent tellement plus facilement quand on les tire des détails d’une photographie.

Pour les Démons de Paris, j’ai choisi de faire reposer l’ambiance sur de petits personnages que Joseph rencontre au hasard des rues. Plus chaleureux qu’un simple décor, ils ramènent à chaque fois Joseph à la réalité, au bonheur sans fard des gens croisés. Il y a le joueur de limonaire, la cariole des enfants livreurs de lait tirée par un chien labrador, le vieux cheval boulonnais et son tombereau d’ordures. Et l’éleveur de chèvres (p.455) qui aide Joseph à affronter son angoisse du pont d’Arcole (photo).

Jusqu’au chasseur de rats d’égouts, comme un gardien des enfers, qui guidera Joseph dans les couloirs du métropolitain (p.456) vers le dénouement de toute cette histoire.

Le vendeur de lacets, l’éleveur de chèvres, le chasseur de rats : trois rencontres photographiques. Parce que l’imagination s’envole tellement plus haut à partir d’une image. Comme dans ces tests pour enfants où l’on demande d’écrire l’histoire à partir du dessin.

Mais alors, me direz-vous, et le pied de nez promis par le titre de l’article ? Le pied de nez : c’est le vendeur de patates. Le confident improvisé du chapitre V qui recueille les secrets de Joseph. Celui-là ne vient pas d’une vieille photo, ni même de Paris. En fait, je l’ai croisé un soir dans les rues de Tokyo. La même charette à bras, le vieux four à bois et la dernière patate, invendue, avant de rentrer chez soi. Tokyo 2007 face au Paris de 1910. Ma touche japonaise indispensable dans la galerie de portraits des Démons de Paris.

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