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On ne se refait pas…

 ( Note préliminaire : attention, ce qui suit sonne peut être un peu docte, mais je me le permet parce que je pense que cela m’aurait rassuré de lire ce genre d’article avant d’attaquer mon premier livre…)

En plus d’écrire des livres, j’ai un métier : celui de diriger des projets. J’ai fait cela dans l’industrie, dans le médical et dans le jeu vidéo. Alors – on ne se refait pas  - j’ai tout naturellement abordé le problème de l’écriture sous l’angle de l’organisation…

Sacrilège ! dirons certains. Comment imaginer pouvoir être créatif en dressant des procédures ? Comment faire entrer l’imagination ou la poésie dans des cases ?

Ok… Mais ce ne sont que des images, pour ne pas dire des clichés. L’idée est très répandue que l’organisation s’oppose à la création et pourtant, je ne vois vraiment pas ce qui peut être à l’origine d’un tel dogme.

Problème de représentation, peut-être. Si vous vous imaginez le créatif comme un peintre devant sa toile, alors vous vous dresserez contre l’idée d’organiser son travail. Cela ruinerait son oeuvre. Peut-être… Mais si vous prenez plutôt exemple sur le réalisateur d’un film de cinéma, la perspective change du tout au tout. Même le plus ‘art et essai’ des réalisateurs écrit un scénario et trace des story-boards avant de commencer à tourner. Et personne n’ira imaginer que cela peut nuire à sa créativité. Ni même à sa spontanéité. Prenez exemple sur tous ces cinéastes qui préparent une scène méticuleusement avant d’y lancer des acteurs subtilement laissés dans l’ignorance qui improviseront, dans le cadre ainsi dressé, des émotions toutes spontanées.

Alors voilà, c’est ce que je fais chaque fois que j’écris : prendre exemple sur le cinéma.

Qu’est-ce que cela veut dire ? Sans entrer dans le détail, je retiendrais le découpage du travail en trois phases : la pré-prod, la prod et la post-prod. Pendant la pré-prod, je développe l’idée de départ (la lettre d’intention), je fouille, je jette toutes les idées en désordre. En parallèle, je ‘fais de la doc’, je lis les bouquins les plus variés sur les sujets que je veux aborder dans mon histoire, je note, je classe les photos d’époque. Puis quand j’estime que j’en ai assez, je range toutes ces belles idées dans un synopsis qui fera de tout ce terreau un vrai récit avec des personnages, un argument, des scènes inoubliables (…), etc., etc.

Puis j’attrape une feuille blanche et j’écris ‘chapitre 1′ : c’est le début de la Prod. La prod est faite de cycles. En gestion de projet, on appelle cela des ‘milestones’ (des bornes kilométriques qui jalonnent le chemin). Pour un roman, le découpage est simple : 1 cycle = 1 chapitre. Et chaque cycle constitue un petit projet en soi. Avec une petite pré-prod, une petite prod et une petite post-prod. Alors je commence par faire le point sur ce que j’avais prévu en pré-prod (le synopsis), je corrige en fonction des nouvelles directions qu’a pu prendre le récit puis je me replonge dans la lecture de quelques documents inédits qui m’apportent des idées fraiches. Puis c’est la prod et j’écris, j’incarne les personnages, je pense au style (mais j’ai déjà décrit tout cela dans un article précédent : cliquez ici). Puis une petite post-prod pour terminer le cycle/chapitre. Autrement dit, je relis et je relis encore, j’emmanche le chapitre sur le chapitre précédent et, ô moment délicat, je le remets à ma femme avec un cappucino, le dimanche matin. Ma première lectrice.

Et voilà, quand tous les chapitres sont passés à la moulinette, le livre est terminé et vient la post-prod. Je relis l’ensemble bien sûr et comme le monteur au cinéma, je m’autorise toutes les modifications. Le livre terminé ne sonne plus comme le projet initial. Et souvent, il couine à droite, il couine à gauche, et c’est le moment de prendre du recul, de le laisser de côté quelques mois, par exemple, pour mieux le retoucher, le couper, le remanier. Puis c’est la soumission à l’éditeur, les corrections. Et puis c’est fini.

Voilà. J’espère avoir montré qu’une organisation bien pensée peut amener à la création. Mieux : que l’on peut créer plus grand, plus précis et, n’ayons pas peur de le dire, plus beau en s’organisant mieux.

Cerveau droit. Cerveau gauche. Et si l’on utilisait un cerveau tout entier ?

Commentaires

Auteur : Claire
le 2 octobre 2010 à 7:13

Probablement parce que je suis habituée au forums et aux conseils sur l’écriture, je n’ai pas trouvé que le ton de ce billet soit « docte ». C’était même très juste et intéressant.

Bonne continuation !

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