Je sors de chez Denoël où je suis passé chercher les épreuves finales de mon troisième roman : le Crâne parfait de Lucien Bel. On le trouvera en librairie à partir d’avril. Il est donc grand temps de commencer à discuter, dans ces colonnes, de son sujet principal : la Commune.
Il y a beaucoup à dire… Alors, même si je me targue d’avancer un point de vue original sur la question, je vais commencer ici par tenter de résumer la Commune de la façon la plus objective qui soit. Alors si vous ne connaissez pas la Commune, ce paragraphe est pour vous ! Pouf pouf :
Sous sommes en 1870. La France a déclaré la guerre à la Prusse (l’Allemagne en tant que telle n’existe pas encore). La campagne est calamiteuse, c’est la Débâcle. Notre empereur (Napoléon III) est capturé, rien ne va plus, les armées ennemies fondent sur notre capitale et assiègent Paris.
Le siège de Paris dure 4 mois, de septembre à janvier, les mois d’hiver. Les sacrifices sont terribles pour le peuple parisien. On mange des rats, du bouillon de racines, on débite en steak les éléphants du jardin d’acclimatation. A ce moment-là, la France est une toute nouvelle république (proclamée début septembre avec la déchéance de Napoléon III). Adolphe Thiers est nommé chef de l’exécutif mi-février. Aussitôt, il signe les préliminaires de paix avec les prussiens qui défilent sur les champs élysées. Vu du côté des Parisiens, c’est dur à avaler. Ils viennent de se serrer la ceinture tout l’hiver et la République livre Paris à l’ennemi sans aucun combat.
Ajoutons à cela un passé révolutionnaire certain qui traîne encore dans l’esprit des Parisiens : 1789 (pas si vieux) et 1848. Thiers se méfie et préfère demander à l’armée d’aller récupérer 400 canons stockés à Montmartre. C’est le 18 mars : l’armée s’y prend mal, elle perd du temps. Les Parisiens, après une première surprise, s’organisent et virent les militaires à coup de pied dans le train. Il y a quelques morts (mais pas tant). Surtout, 2 généraux (Lecomte et Thomas) sont fusillés sommairement. La France légitime (c’est-à-dire toute la France sauf Paris) a du mal à admettre l’insoumission des Parisiens.
La situation est critique. Les Allemands sont sur notre sol, en pleine négociations de paix (et nous ne sommes pas en position de force). Et c’est à ce moment qu’une véritable guerre civile est déclarée dans notre capitale. Thiers préfère évacuer le gouvernement à Versailles. Les Parisiens, pendant quelques jours, se retrouvent un peu groggy (cette période est passionnante, nous en reparlerons) : ils sont désorganisés, ils ne s’attendaient pas à bouter l’armée hors de Paris aussi facilement. Le peuple a le pouvoir mais ne sait pas quoi en faire…
Dix jours plus tard (le 28 mars), la Commune est proclamée. Attention, comprenons bien : cela signifie que Paris ne fait plus partie de la France. C’est une république autonome et révolutionnaire. Une euphorie saisit Paris. Tout semble possible.
Malheureusement, dès le début, deux entités se disputent le pouvoir. D’un côté, le Comité Central : c’est le bras militaire de la révolution, ce sont les soldats (la Garde Nationale) qui ont viré l’armée française. De fait, le Comité dirige Paris dès le 18 mars. En face, il y a la Commune, c’est à dire les élus du peuple qui viennent de gagner les élections. Le Comité refuse de quitter l’hôtel-de-ville. Les deux institutions se boufferont le nez jusqu’au bout…
En face, Thiers à Versailles a tout son temps. Il réorganise tranquillement l’armée sur la base de soldats provinciaux qui ne passeront pas à « l’ennemi » (le Parisien). Les Allemands sont toujours là. Ils campent à l’Est de Paris et attendent qu’on leur demande leur aide (Versailles discute en permanence, avec eux, les clauses de la paix qui ne sont pas encore fixées). Thiers ne cédera pas et refusera toujours d’impliquer les Allemands dans cette affaire franco-française. Pendant ce temps, à Paris, la Commune légifère à tour de bras : liberté de la presse, organisation de la culture, séparation de l’église et de l’état, autogestion des centres de production, etc. etc. Ils se réfèrent à Marx, à l’Internationale des Travailleurs. Il flotte une ambiance de lune de miel.
Le 2 avril, les Versaillais attaquent Courbevoie. En représailles, la Commune organise une véritable expédition punitive (40 000 hommes !), le lendemain 3 avril. C’est l’improvisation totale. La défaite est sévère. A partir de ce moment, la Commune n’a plus la capacité militaire de vaincre Versailles en dehors de Paris. C’est donc un nouveau siège qui recommence.
Même au niveau politique, le mois d’avril est un lent déclin. Le Comité Central s’oppose de plus en plus, l’assemblée de la Commune se coupe du peuple et des réalités. On en finit par interdire des journaux et voter des lois de terreur. Certaines initiatives tentent de renouer les liens de la conciliation, comme un défilé de francs-maçons qui essaiera vainement de raisonner Thiers. L’entrevue ne durera que quelques minutes. Thiers a déjà gagné et il le sait. Il ne désire aucune négociation. Ce qu’il veut, une bonne fois pour toute, c’est écraser tout esprit révolutionnaire à Paris. Et pour longtemps…
Fin avril, la Commune abdique ses pouvoirs à un Comité de Salut Public… C’est la dictature. L’expérience n’aura pas duré…
Début mai, Versailles signe la paix avec l’Allemagne. Thiers a les mains libres pour régler le problème parisien. Ce sera la Semaine Sanglante. L’armée française envahit Paris. En une semaine, elle fait tomber toutes les barricades que les Parisiens ont montées pour défendre leurs quartiers, leurs maisons. C’est un massacre. On parle de 15 000 morts. Peut-être le double.
Voilà. C’est ça la Commune. Un gâchis effroyable. Une utopie qu’on pourrait dire attendrissante si elle n’avait pas mené une population entière à l’apocalypse. Une real politik versaillaise effrayante de froideur et, il faut le dire, de cruauté.
Je résume, je résume… C’est un peu léger. Dans de prochains articles, je détaillerai certains épisodes ou certains points de vue. A suivre…